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Entre Israël et la Syrie, Moscou joue les bons offices, mais pas de paix en vue

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L’arrestation d’une Israélienne en territoire syrien poussera-t-elle Tel-Aviv et Damas à négocier, avec la médiation de la Russie? Malgré les spéculations des médias arabes, ces discussions ne font aucunement l’objet d’un futur accord de paix entre les deux pays, précise Bassam Tahhan politologue franco-syrien et fin connaisseur de la région.

«Selon les médias israéliens, la jeune femme s’est perdue près de la frontière syrienne. Mais je ne vois pas comment quelqu’un pourrait se perdre dans une zone si militarisée», ironise Bassam Tahhan au micro de Sputnik.

Comment une jeune israélienne de 20 ans peut-elle en effet se perdre «par erreur» à la frontière syrienne et la franchir? Le pourquoi se pose aussi. Selon le quotidien israélien Yediot Aharonot, la jeune fille était tombée amoureuse d’un Syrien et était prête à braver l’interdit. Résultat: cette supposée histoire sentimentale donne lieu à des négociations indirectes entre les Montaigu et les Capulet de la région.

En effet, selon l’agence officielle syrienne Sana, Damas est entré dans des négociations indirectes avec Israël, par l’intermédiaire de la Russie, pour un échange de détenus. Une information qui a mis le feu aux poudres dans certains médias arabes, qui voient ces négociations comme une traîtrise de la part de Damas.

Négociations: les rumeurs enflamment la presse arabe

Mais en réalité, la médiation russe porte sur la libération de la jeune israélienne, en contrepartie de la libération de deux Syriens condamnés à des peines de prison en Israël pour «collusion» avec des mouvements palestiniens, nous apprend Bassam Tahhan, politologue franco-syrien. Si l’identité de la jeune femme israélienne reste inconnue, les deux détenus syriens se nomment Nihal al-Makat et Diab Kahmuz.

Ces négociations indirectes entre les deux ennemis surviennent alors que Israël bombarde régulièrement les troupes iraniennes en Syrie, ainsi que les troupes gouvernementales de Bachar el-Assad. Mais ils mettent surtout en exergue le rôle incontournable de la Russie au Moyen-Orient, souligne notre interlocuteur, fin connaisseur de la région.

«Les Russes cherchent à pacifier la région, mais sans imposer la paix, contrairement aux Américains», résume-t-il avant d’ajouter: «Parler de paix serait utopique aujourd’hui, mais le meilleur canal pour arriver à une pacification de cet espace régional reste la médiation russe.»

Les bons offices de Moscou semblent en effet une solution toute trouvée. Entretenant des relations cordiales avec les deux pays et tentant de tempérer les ardeurs guerrières de chacun, la Russie pourrait jouer sans peine le rôle de médiateur entre la Syrie et Israël. Mais de là à croire à un rapprochement entre les deux ennemis, cela reste impensable aujourd’hui.

La Russie, un médiateur prudent

La situation entre Damas et Tel-Aviv reste en effet explosive. Ce qui explique pourquoi le Kremlin marche sur des œufs: conscient des contentieux, il ne souhaite brusquer aucun partenaire, indique Bassam Tahhan. La Russie aide autant Damas à reprendre la totalité de son territoire qu’elle permet à Tel-Aviv de se défendre en cas de danger.

La Syrie est en effet devenue le nouveau baromètre des relations russo-israéliennes. Malgré le soutien russe aux troupes de Bachar el-Assad, Moscou ne renie pas son amitié avec l’État hébreu. Tel-Aviv a pris acte de la nécessité de la présence russe sur le terrain. Les deux partenaires se retrouvent ainsi «voisins». Mais Moscou entretient des relations avec d’autres parties, profondément anti-israéliennes, notamment les troupes iraniennes.

«Israël profite de cette relation particulière avec la Russie. Les autorités russes empêchent la Syrie de répliquer quand Israël bombarde, et ce, pour éviter que la région ne sombre dans le chaos», souligne Bassam Tahhan.

De fait, la médiation russe fait tout pour contenir les tensions entre les deux pays. L’aviation israélienne a, selon le site d’information MiddleEast Eye, mené «des centaines» de frappes en Syrie depuis le début du conflit en 2011, les aéronefs de Tsahal violant au passage l’espace libanais pour cibler les troupes iraniennes ou syriennes. Des raids israéliens hebdomadaires qui ne font pourtant l’objet d’aucune riposte.

Mardi 16 février, les ministres israélien et russe de la Défense s’entretenaient au sujet de la crise humanitaire en Syrie, Moscou servant une nouvelle fois d’intermédiaire entre les deux pays, qui n’entretiennent pas de relations diplomatiques. Jusque-là, la Russie a pu se targuer de plusieurs succès diplomatiques. En 2019, elle avait facilité le retour de la dépouille du soldat israélien Zachary Baumel, disparu lors de la bataille de 1982 du Sultan Yacoub, à l’Est du Liban. Le corps du défunt a été transporté de Damas à Moscou, puis de Moscou à Tel-Aviv.

Dans le même esprit, les actuelles négociations indirectes ne concernent pour l’instant, que le sort des prisonniers et uniquement le sort des prisonniers. Pourtant, dernièrement, de nouvelles rumeurs dans plusieurs médias arabophones ont également fait état d’une rencontre secrète israélo-syrienne organisée par la Russie dans la base militaire de Hmeimim, proche de Lattaquié, à l’ouest de la Syrie. Des spéculations qui veulent encore une fois faire de la Syrie un pays traître à la cause arabe. Damas a toutefois directement démenti cette information.

La Syrie droite dans ses bottes

Dans la région, la sémantique est elle aussi explosive. En Syrie, on ne parle pas d’Israël, mais de «Palestine occupée». Car la Syrie, malgré les défaites arabes contre l’État hébreu, conserve sa rhétorique panarabe pour plaire au peuple. Damas a depuis longtemps fait de la restitution du Golan, véritable «symbole» pour les Syriens, la conditio sine qua non pour un accord de paix avec Israël. Une condition qui rendrait donc de facto la paix avec Israël «inconcevable à ce jour», selon Bassam Tahhan.

«Tant que le Golan n’est pas restitué entièrement à la Syrie, Damas ne signerait pas la paix avec Israël», insiste le géopolitologue.

Les positions semblent en effet irréconciliables, puisque Benyamin Netanyahou a encore affirmé le 9 février dernier que «le plateau du Golan restera à jamais israélien» et la reconnaissance américaine de la souveraineté israélienne sur le Golan par Donald Trump n’arrange rien. À l’Onu, l’ambassadeur syrien Bachar al-Jaafari a toujours insisté auprès des institutions internationales sur le fait que la Syrie se basait sur le droit international pour obtenir la restitution du territoire occupé depuis 1967 par son voisin. Or, l’opposition syrienne critique Damas pour son inaction face à Israël et ses discussions indirectes avec Tel-Aviv, mais Bassam Tahhan tient à dépassionner les débats.

«Dans le monde arabe, tout est passionnel. Lorsque Damas négocie avec Israël, les médias arabes parlent de trahison et d’abandon, or qui a parlé de paix? Bachar el-Assad reste ferme et montre tout simplement que les conditions ne changeront pas.»

Ainsi serait-il vain d’attendre des négociations actuelles davantage qu’un échange de prisonniers.

Sputnik

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