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Transition: vers une grosse pagaille

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Les concertations nationales dont les travaux ont pris fin le samedi dernier, au CICB, ont permis d’adopter la charte et la feuille de route de la transition. Toutefois, le contenu de la charte tel que présenté par le rapporteur général est décrié par de nombreux participants. Ils estiment que leurs observations n’ont pas été prises en compte.

Le Président du Conseil national pour le salut du peuple, le colonel Assimi GOITA, a clôturé le samedi 12 septembre les assises nationales sur la transition. Pendant trois jours, 500 participants ont abordé les grands axes de la feuille de route et la charte de la transition. Ainsi, ces journées de concertation nationale ont permis d’amender et d’adopter ces deux documents.
Après l’hymne national, le rapporteur général Moussa CAMARA a fait lecture de la synthèse des conclusions des rencontres. À cet effet, il a indiqué que la durée de la transition est fixée à 18 mois. Un conseil national de la transition de 121 membres qui sera l’organe législatif sera mis en place de même qu’un gouvernement de 25 membres au plus. Aussi, il a été convenu de la création des postes de président et de vice-président à la tête de la transition. Et le président de la transition doit être de nationalité malienne d’origine et être âgé de 35 à 70 ans. Son choix est confié à un collège.
Quant à la feuille de route, elle est axée sur 6 priorités, a rappelé M. CAMARA: le renforcement de la sécurité sur l’ensemble du territoire national ; les réformes politiques et intentionnelles ; la refondation du système éducatif ; l’adoption d’un pacte de stabilité sociale ; la promotion de la bonne gouvernance ; et, enfin l’organisation des élections générales.
À sa suite, le Président du Comité national pour le salut du peuple (CNSP), le colonel Assimi GOÏTA a, son discours de clôture des assises, rappelé que les concertations nationales étaient une occasion pour les forces vives de discuter sur les préoccupations du moment et de l’avenir du pays. Il s’agissait, pour lui, de diagnostiquer sans complaisance les maux qui minent notre système démocratique, afin d’adopter les mesures urgentes et nécessaires, de discuter du format de la transition, la charte de la transition et la feuille de la route de la transition.
« Ce qui nous attend à présent est tout aussi ardu, c’est-à-dire mettre en œuvre les résolutions issues de ces assises. Aussi, nous prenons l’engagement de ne ménager aucun effort dans la mise en œuvre de ces résolutions dans l’intérêt exclusif du peuple malien », a-t-il promis, tout en sollicitant la compréhension et l’appui de la communauté internationale pour la mise en œuvre diligente de la feuille de route.
Les résultats auxquels les participants sont parvenus, permettent d’espérer sur un Mali nouveau démocratique, laïc, prospère, fondé sur le travail, l’efficience, la justice sociale et l’égalité, a déclaré Assimi GOÏTA.
Si le Président du CNSP fonde beaucoup d’espoir sur l’issue des assises, ce n’est pas l’avis de nombreux participants qui ne se retrouvent pas dans la synthèse du document présenté. En effet, ils reprochent au document de ne pas être fidèle aux observations des groupes de travail. « Les hommes non avisés vont croire que nous n’allons pas faire de bon travail. C’était une question d’approche et de préférence. Nous avons été invités par une entité. Nous nous sommes soumis à ses prérogatives, à ses injonctions », a indiqué M. Mohamed KONATE, un chercheur malien. Il codirigeait l’un des groupes de travail.
Certes, a-t-il concédé, ils ont eu la liberté de travailler sur les documents, mais leurs observations, pour l’essentiel, n’ont pas été intégrées dans le projet. « La mouture finale de deux documents ne reflète pas les fortes recommandations faites par les participants. Je regrette vraiment », a-t-il affirmé. Parmi ces observations, il a cité pêle-mêle, la suspension la constitution qui est entourée de flou, le changement de l’ordre des priorités dans la feuille de route, l’abandon du vote d’une loi d’amnistie. « Du moment où il n’y a pas eu de coup d’État, l’adoption de cette loi est sans importance. En la maintenant dans la charte, le CNSP se contredit », a commenté M. KONATE.
Aussi, après trois jours de rencontre, il était inutile, pour lui, de garder un mystère autour du choix du président de la transition. « On devrait connaître normalement qui d’un civil ou d’un militaire dirigera la transition. Mais, ils ont choisi de garder le flou, de maintenir le suspens », a regretté le jeune chercheur dont le penchant est pour un civil apolitique pour éviter d’en rajouter à la crise que le pays traverse depuis des mois. « On ne peut pas se permettre de rajouter une autre crise diplomatique, commerciale à la crise profonde que nous vivons », a interpellé M. KONATE.
L’ancien Premier ministre, Moussa MARA, malgré des insuffisances dans le rapport général, affirme être optimiste à condition que le Comité national pour le salut du peuple revoie les copies des documents. Sans être dans le secret des conciliabules, M. MARA prédit le choix d’un civil aux commandes de la transition.
Par ailleurs, il a exprimé des inquiétudes quant à la composition du collège chargé de désigner le président de la transition et la clé de répartition des 121 membres du Conseil national de la transition. Parce que ces aspects peuvent créer des difficultés entre les participants.
De son côté, le chargé à la communication du parti PACP, Abdramane DIALLO estime que globalement il y a des choses positives dans la charte de la transition qui permettront au pays d’aller de l’avant. Les positions étaient très opposées, elles se sont rapprochées avant la fin des travaux. Parce que, explique-t-il, ils ont coupé la poire en deux, à travers la création des postes de président et de vice-président dans la charte. « J’ai bon espoir que le président de la transition sera un civil et qu’il sera secondé par un vice-président issu du CNSP », espère-t-il.
En revanche, selon Mme SY Kadiatou SOW très remontée, le rapport général a été charcuté et ne correspond pas à ce qui a été dit dans les groupes de travail. Le M5 n’approuvera pas la charte de la transition telle présentée par le rapport général. «Nous nous attendions un peu à cette manipulation de ce qui vient de se passer. Cela m’inquiète pour le Mali. C’est une volonté de confisquer le pouvoir par le CNSP et ceux qui le soutiennent», a-t-elle déclaré. Dans tous les cas, le Mouvement du 5 juin-Rassemblement des forces patriotiques (M5-RFP) va continuer à mener son combat sereinement jusqu’à ce qu’il soit entendu, met-elle en garde. Mais avant d’arriver à cela, Mme SY Kadiatou SOW espère que les organisateurs vont se ressaisir et soumettre les documents à débats. « Si ce n’est pas le cas, ça veut dire qu’on aura à reculer de plusieurs années », a-t-elle affirmé.
Cette position a été réaffirmée par le mouvement de contestation qui s’est réunie dans la nuit de samedi à dimanche 13 septembre sur les conclusions des assises nationales. La déclaration ayant sanctionné cette réunion indique in fine que le M5-RFP se démarque du document produit qui ne refléterait pas les points de vue et les décisions du Peuple malien.

Par Sikou BAH

Info-Matin

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