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M5-RFP VS IBK : lisons entre les lignes.

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Le pays est en effervescence depuis le 5 juin dernier et pour cause, la contestation populaire du pouvoir du président Ibrahim Boubacar KEITA. En effet, des partis ou chefs de partis politiques, des leaders religieux, des organisations de la société civile, activistes et syndicalistes se sont retrouvés au sein d’un vaste front ligué telle une vague « tsunamienne » pour demander la démission pure et simple du président IBK. Depuis, nos semaines sont ponctuées de meetings géants, de conciliabules, de visites nocturnes, de pourparlers, de coups et de contrecoups etc. au regard du caractère historique de ce vaste mouvement de contestation, il y’a lieu de s’en interpeller et se pencher sur ses tenants et aboutissants.

Les raisons évidentes et sous-jacentes.

D’abord les raisons évidentes. Le président Ibrahim Boubacar KEITA en accédant à la magistrature suprême avait pour mandat de recouvrer l’intégrité territoriale du pays, retrouver l’unité nationale, refonder l’Etat de droit, reconstruire l’outil de défense, restaurer la fierté nationale, redresser l’économie, lutter implacablement contre la corruption etc. après 5 années d’exercice du pouvoir (c’est-à-dire jusqu’en 2018), aucun des secteurs susvisés n’avait eu de réponses structurelles. C’est dans ce contexte qu’il fut réélu en 2018 sur fond de contestations notamment de la part de son véritable challenger, Soumaila CISSE. Après moult concertations, celui-ci fit profil bas sans jamais véritablement reconnaitre la victoire de l’homme. Cette plaie est donc restée sans se cicatriser.

En plus de son incapacité à apporter des réponses structurelles aux problèmes du pays et de cette aventure électorale mal réglée, la gestion patrimoniale de l’Etat en l’inféodant aux intérêts de la cour familiale a laissé bien des déceptions.

Ainsi, faut-il dire que ces réalités font partie des raisons évidentes qui ont motivé cette retrouvaille qu’est le M5 et qui n’est autre que l’expression d’un ras-le-bol généralisé, de frustrations accumulées.

En outre, les dernières élections législatives dont les premier et deuxième tours se sont tenus respectivement le 29 mars et le 19 avril 2020, ont connu des irrégularités importantes. Ces irrégularités ont provoqué de vives tensions dans les différents quartiers généraux de nombre de partis politiques qu’ils soient de la majorité ou de l’opposition. Le comble a été le traitement réservé à l’issue de ces élections par la cour constitutionnelle. Et comme si tout cela ne suffisait pas, le président de la République himself  pesa de tout son poids pour porter Moussa TIMBINE (dont l’élection en commune v du district fut fortement contestée) à la présidence de l’Assemblée nationale et ce, au mépris de toutes les règles statutaire et règlementaire de son parti. Là également nous constatâmes une gestion politique catastrophique avec son lot de frustrations et de suspicions.

Ensuite les raisons sous-jacentes. La gestion malheureuse des évènements           ci-dessus évoqués ajoutée à l’opacité ou à l’illisibilité qui caractérise de manière générale la gouvernance d’IBK, ont entretenu un climat de grande suspicion. Dans les grands salons et derrière les climatiseurs des milieux imprégnés de Bamako, l’on n’hésitait plus à parler de complot d’IBK contre le Mali. De plus en plus, des gens commencèrent à douter des intentions de l’homme quant à sa succession et quant au devenir institutionnel du Mali. Des thèses « complotistes » se développèrent autour de la disparition forcée de Soumaila CISSE. Tout cela est aidé par une négligence déconcertante du président de la République.

Parmi encore les raisons sous-jacentes, il y’a cette réflexion que d’aucuns ont eue et qui tend à dire que Soumaila fut écarté à dessein, que TIMBINE  était de toute façon prévu à ce poste. Selon cette réflexion, devraient être écartés dans ces législatives, tous ceux qui pourraient éventuellement entraver cette fameuse révision constitutionnelle en vue et qui est censée permettre une véritable légitimation de l’accord d’Alger (le plus grand enjeu de tout le mandat d’IBK).

Nous constatons donc à l’analyse des évènements et de la nature hétérogène du M5, qu’on a là un jeu d’alliance entre «les déçus» d’un seul homme. C’est pourquoi avons-nous au sein du M5 des communistes et des religieux qui sont traditionnellement opposés, des conformistes et des radicaux etc. ainsi, les masses luttent contre sa gouvernance, les politiques luttent pour Soumaila mais aussi pour leur avenir politique qui semble leur échapper et également pour le Mali dont le lendemain semble incertain.

Maintenant que nous comprenons mieux les raisons qui ont présidé à la naissance du M5, quid de la gestion de cette contestation par le président de la République ?

L’attitude du président IBK face à la crise (la stratégie du pourrissement)

    De toute évidence, le président IBK semble avoir un faible pour le pourrissement qui paraît être sa ligne de conduite préférée en politique. Pour rappel, la grève illimitée de certains professionnels de la santé, de l’action sociale et de la promotion de la famille enclenchée sous le premier ministre Modibo Kéita, a fait des centaines de morts avant de mériter la très chère attention du gouvernement. Aussi, a-t-il fallu attendre la création du M5 pour que le président Ibrahim Boubacar Keita d’un seul passage de discours, mette un terme à la grève illimitée des enseignants. Nous avions déjà perdu l’année scolaire 2020.

Constant dans le déni ou encore l’usure, le président fit montre de dédain à l’égard du M5. En effet, le rassemblement du 05 juin dernier ne devrait pas avoir sa raison d’être si l’homme avait tiré tous les enseignements du 05 avril 2019. Si le silence olympien observé par le Chef de l’Etat durant les jours qui ont suivi l’évènement du 05 juin était tactiquement compréhensif (il lui a permis d’éviter des discours hâtifs et probablement des dérapages dans le style et dans l’expression comme ce fut le cas il y’a un an), le traitement réservé au mémorandum du mouvement et l’extinction de l’espoir d’une solution maliano-malienne né de l’embryon qui a vu le jour chez l’ex Chef d’Etat, le général Moussa Traoré, ont laissé perplexes plus d’un. Ainsi, en lieu et place d’un règlement entre maliens, il a choisi encore une fois « l’internationalisation de la crise ».

Pourquoi a-t-il donc impliqué la CEDEAO dans cette crise qui à priori, pouvait avoir des solutions maliennes ?

A ce niveau, nous esquissons deux thèses possibles :

Le président de la République a fait le diagnostic de la situation et a trouvé à juste titre qu’il souffrait d’une crise de légitimité. Ceci étant, il réalisa  qu’il n’avait plus de crédit à vendre, rien en termes de bilan n’est à même de lui permettre un rééquilibrage des rapports de force même pas sa « majorité politique » qui n’a jamais mériter d’égards de sa part. Ainsi, le front domestique lui ayant submergé, pensa-t-il à ses pairs de la CEDEAO pour venir sauver son pouvoir au détriment des aspirations nobles de son peuple avec comme ligne de défense, le respect des institutions.

Le président de la République sentant sa chute prochaine, décida d’impliquer un troisième acteur pouvant lui garantir une sortie sécurisée et une vie d’après-pouvoir assez paisible pour lui et sa famille.

En tous les cas, la gestion de cette crise nous a imposer un sérieux doute sur l’amour du Mali et de son peuple, cet amour dont il aime à se targuer (les tueries de civils désarmés et cette posture du « moi ou le chaos » sont assez évocatrices).

Par ailleurs, si l’échec du président IBK n’est plus à démontrer en ce qu’il est patent, il convient tout de même de ressortir un piège dans l’approche exclusive du M5-RFP.

En effet, le M5 ne cesse d’alléguer que tous les problèmes du Mali n’ont qu’un seul nom, le président Ibrahim Boubacar KEITA. L’objectivité gage de l’honnêteté intellectuelle nous commande de dire que cette affirmation est réductrice, simpliste et minimaliste. Si elle n’est pas innocente et qu’elle constitue une posture, nous estimons qu’il faudra sortir de cette posture. Le Mali souffre des affres d’un système de gouvernance qui a pris son envol le 08 juin 1992.

Le système politique né de l’après 1991 et dont le Président Ibrahim Boubacar Keita est un produit, doit connaître à présent, sa première véritable évaluation. Cette évaluation nous permettra de savoir si nous devons continuer avec ce système ou si nous devons tout simplement le remplacer. Elle doit être la plus objective possible afin que notre intelligence collective trouve une base pour l’édification d’un nouveau contrat social qui sera exécuté si besoin en était, par une nouvelle génération d’hommes politiques.

Il faut dire  que le système auquel nous faisons allusion a d’abord précipité le bouleversement de l’ordre des valeurs morales, intellectuelles et sociétales. Les premiers signes annonciateurs de ce bouleversement remontent à l’année 1992. En effet, les campagnes électorales pour la présidentielle et les élections législative et communale de 1992, se sont jouées à coup de billets de banque, de gadgets en tout genre, de clientélisme etc. l’achat des consciences venait de s’ériger en norme dans la conquête du pouvoir au Mali.

Des milliards mobilisés avec l’aide ‘’d’amis’’ de l’extérieur ont été utilisés pour acheter les consciences, créer et entretenir des cercles d’influences en lieu et place des projets de société, des formations à la citoyenneté, des débats constructifs. Cette première opération électorale de l’ère démocratique a fait de l’argent, le moyen principal sur lequel se fonde désormais l’Action politique. L’Etat est ainsi devenu un ascenseur social, les partis politiques vivent désormais au crochet de l’Etat. La fourberie, les faux fuyants, les manipulations, la traitrise tout est bon pour arriver au pouvoir. La crise de confiance s’est ainsi installée entre l’élite et sa base entrainant une chute drastique et continuelle des taux de participations aux échéances électorales.

Le militantisme s’est substitué à la courtisanerie. Le système a consacré la dépendance des partis politiques à l’appareil d’Etat (leur santé dépend du nombre de postes ministériels qu’occupent leurs cadres) tuant ainsi l’esprit militant qui devrait amener chaque membre d’un parti politique à contribuer financièrement et intellectuellement au portage de l’Action politique du parti. L’homme politique rompt désormais d’avec les convictions et considère le pouvoir comme un moyen d’entretenir un train de vie à travers des privilèges. Le sacrifice pour la communauté nationale qui l’a honoré en l’élevant au rang de dirigeant incarnant la dignité collective, devient désormais le propre des sots dit-on. Quasiment tous, sont devenus accompagnateurs sans aucune volonté d’entrer dans l’histoire.

Ensuite, faut-il dire que le système a progressivement détruit le rôle de l’Etat central unitaire qui est d’être le ciment de l’Unité nationale en restant neutre et par rapport à la

famille, et par rapport aux colorations politiques ou ethniques. L’Etat est tombé dans le néo-patrimonialisme débridé.

IBK est donc le produit d’un système qui a échoué, son échec est évidemment l’échec de ce système. Face à cet échec évident, il serait bien raisonnable que de proposer une reconfiguration de la classe politique. Concrètement, il s’agit de susciter l’avènement d’une nouvelle génération d’hommes politiques plus enclins au patriotisme et acquis aux causes nobles. Cette nouvelle génération pourrait sur la base des acquis incontestables des gens du mouvement démocratique, lancer le processus de la véritable refondation de notre Etat à travers un nouveau contrat social.

Ainsi, le M5-RFP en réduisant les problèmes du Mali à la seule personne d’IBK ne présente que l’aspect conjoncturel des choses et le risque serait de parvenir à convaincre les masses que tout le problème est vraiment IBK quand l’on sait qu’après avoir obtenu le départ d’IBK, la déception sera aussi grande que les espoirs l’auraient été car le peuple se serait rendu compte que le problème est également tout autre.

D’abord, que les maliens veillent sur le Mali ensuite Dieu !

Mamadou Lamine SIBY dit Malla,

Président du Front Populaire Républicain (FPR)

SourceLe Pays

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