Briser les trusts des Gafa : un combat impossible à mener ?

Dispositifs de surveillance en Europe, actions en justice aux Etats-Unis : les régulateurs passent à l’attaque contre les positions dominantes des géants de la Silicon Valley. Leurs chances de réussite ? Faibles.

Longtemps, les régulateurs américains ont fermé les yeux sur la montée en puissance des grandes entreprises du secteur numérique. Ceux de l’Union europé­enne, eux, s’en sont inquiétés, mais sans vraiment réagir. L’heure de la riposte semble toutefois avoir sonné. Le 15 décembre dernier, l’Union européenne a dévoilé un puissant dispositif de sur­veillance des acteurs de la Silicon Valley. Et aux Etats-Unis, le gouvernement fédéral a lancé des procédures antitrust contre Google et Facebook.

Outre-Atlantique, les chances de voir adopter de nouvelles réglementations restent faibles en raison du blocage du Congrès. Certains hommes politiques estiment qu’avoir des entreprises technologiques dominantes est un avantage stratégique face à la Chine. Les régulateurs devront donc démontrer que ces firmes ont enfreint la loi. Le dossier contre Google a des chances d’aboutir. Il concerne le versement annuel par Google de plus de 10 milliards de dollars à Apple et à d’autres firmes afin de s’assurer de la visibilité dominante des services Google sur les écrans des utilisateurs. La procédure contre Facebook, accusé d’avoir racheté WhatsApp et Instagram afin d’éliminer la concurrence, paraît plus fragile : à l’époque de ces acquisitions, les deux entreprises étaient en effet de taille modeste.

La stratégie de l’Union européenne est plus ambitieuse. Elle vise à imposer certaines obligations aux grandes firmes tech sur les données et la façon de traiter les entreprises tierces utilisant leurs plateformes. Le risque est certes de voir ces dispositions entraver le dynamisme du secteur et renforcer les acteurs existants. Reste que même si l’Europe adopte de nouvelles règles, elle pourrait avoir du mal à les mettre en œuvre. Les cinq plus grosses entreprises technologiques réalisent 25 % de leurs ventes en Europe, contre 51 % outre-Atlantique. L’amende maximale envisagée par Bruxelles ne serait que de 1 % de la valorisation boursière des Big Tech. Difficile d’imaginer que l’Union européenne puisse parvenir à démembrer à elle seule une compagnie américaine.

Théoriquement, il devrait être possible de prendre le meilleur des deux appro­ches. L’objectif doit être de stimuler la concurrence plutôt que d’accepter les monopoles et d’en atténuer le coût par la réglementation. La priorité devrait être l’ouverture des marchés fermés : il est juste de s’intéresser à la façon dont Google et d’autres musellent la concurrence. Et les Etats-Unis devraient emboîter le pas aux Européens et garantir aux utilisateurs le contrôle de leurs données. Mais on est loin d’un accord transatlantique.

Les briseurs de trust devraient se préoccuper des secteurs où les parts de marché sont importantes, les profits juteux et les nouveaux venus malmenés. C’est notamment le cas de la recherche et de la publicité en ligne. Mais certains secteurs de l’industrie de la Tech deviennent plus compétitifs et sont de plus en plus disputés, comme le streaming, l’e-commerce et le cloud – et dans bien des cas la concurrence est le fait d’autres grandes entreprises de la Tech. C’est sans doute elles, et non les dispositifs antitrust, qui apporteront des changements positifs.•

SourceChallenges.fr

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